écrits


À propos du Paysage (Comme moteur du dessin) :
Une marche dans la garrigue sur les hauteurs de l’étang de Bages. Je sais que je longe une carrière sans la voir. La mer dans le dos, J’arpente le sentier caillouteux, parsemé de plantes aux gras imposés par le sec méditerranéen.
La voie mène à un champ d’éoliennes, dont j’aperçois parfois les cimes, au gré des accidents de terrain. Corps face à la tramontane, Au dessus les nuages dévalent vers les baléares.
Comme sortis d’une bouche, des sons distincts viennent de la zone d’extraction et traversent mon air. Les machines piquent, scient, fraisent, arrosent, arrachent. Des outils parfois séculaires issus d’une chirurgie buccale, à l’échelle du paysage. Un viaduc transporte des morceaux de croûte terrestre, Ainsi débitée. Après avoir enjambé la route, le concassé atteint la cimenterie. Posée à plat en bord d’étang, Elle est un assemblage complexe de formes géométriques. Un motif pictural en prismes réguliers : Cubes, parallélépipèdes, cylindres, coupole et pont suspendu. Une composition moderniste, à la peau matricée, qui défile sur un écran schisteux, empoussiérée de silicates. C’était la première image.
CT 05-2017

Très à propos :

J’ai laissé la canne sur le bord. J’ai laissé ma veste, mon pull et ma chemise à côté. Je suis entré dans la rivière. Elle était noire et brillante. Telle- ment glacée qu’elle paraissait brûlante. J’ai pris quelques secondes pour ré- guler ma respiration. Il faisait jour à présent. Une main solidement agri- pée à la berge boueuse, je me suis baissé, jusqu’ à ce que ma joue atteigne l’eau. j’ai respiré, le plus calmement malgré le froid. Puis j’ai glissé l’autre main, tout doucement sous la berge, dans le ventre de la rivière. J’ai tendu mon bras le plus loin possible entre les racines et le limon dans l’obscuri- té aquatique. Avec peur et confiance mêlées. Sans savoir ce que je trouverais.
Thomas Vinau dans ici ça va Alma éditeurs.